
Les paroles, ligne par ligne
أنا راجل قْوي، ماشي ضعيف
Ana rajel 9wi, machi d3if
Je suis un homme fort, pas faible
I am a strong man, not weak
رباني الواليد بين جبال الريف
Rebbani lwalid bin jbal Rrif
Mon père m’a élevé parmi les montagnes du Rif
My father raised me among the mountains of the Rif
علمني الحرية والحياة بالسيف
3allemni l7orriya w l7aya b ssif
Il m’a appris la liberté et la vie par l’épée
He taught me freedom and life by the sword
يا بابانو، يا،يا بابانو، يا بابانو
Ya babano, ya,ya babano, ya babano
Ô mon père, ô, ô mon père, ô mon père
Oh my father, oh, oh my father, oh my father
كبرت والكرامة، كانت لي حليف
Kbert w lkarama, kant li 7lif
J’ai grandi, et la dignité était mon alliée
I grew up, and dignity was my ally
في كل خطوة، العزْ ديما فالشتا والصيف
Fi koll khetwa, l3ezz dima f ch-chta w ssif
À chaque pas, la fierté, toujours, en hiver comme en été
In every step, pride, always, in winter and in summer
قلبي حر، كيف مول الدار ماشي ضيف
9albi 7orr, kif moul ddar machi dif
Mon cœur est libre, comme le maître de maison, pas un invité
My heart is free, like the master of the house, not a guest
يا بابانو، يا،يا بابانو، يا بابانو
Ya babano, ya,ya babano, ya babano
Ô mon père, ô, ô mon père, ô mon père
Oh my father, oh, oh my father, oh my father
علمني الصبر، في أصعب الظروف
3allemni ssber, fi as3ab ddourouf
Il m’a appris la patience, dans les circonstances les plus dures
He taught me patience, in the hardest circumstances
وحكْمني العقل، بين الناس والصفوف
W 7kemni l3e9l, bin nnas w ssfouf
Et la raison m’a gouverné, parmi les gens et dans les rangs
And reason ruled me, among people and in the ranks
كلَامكْ محفور، في القلب بالمعروف
Klamek ma7four, fi l9alb b lma3rouf
Tes paroles sont gravées, dans le cœur, avec bonté
Your words are engraved, in the heart, with kindness
يا بابانو، يا،يا بابانو، يا بابانو
Ya babano, ya,ya babano, ya babano
Ô mon père, ô, ô mon père, ô mon père
Oh my father, oh, oh my father, oh my father
اليوم واقف، وفوق كتافي الحمل ثقيل
Lyoum wa9ef, w fou9 ktafi l7eml t9il
Aujourd’hui je suis debout, et sur mes épaules la charge est lourde
Today I stand, and on my shoulders the load is heavy
لكن وقفتي ماشي، ضباب أو دخان بالليل
Lakin wa9fti machi, dbab aw dokhan b llil
Mais ma façon de tenir debout n’est pas, brouillard ou fumée dans la nuit
But my standing is not, fog or smoke in the night
صوتك يرشدني، يا بابانو، في كل سبيل
Sowtek yrchedni, ya babano, fi koll sbil
Ta voix me guide, ô mon père, sur chaque chemin
Your voice guides me, oh my father, on every path
يا بابانو، يا،يا بابانو، يا بابانو
Ya babano, ya,ya babano, ya babano
Ô mon père, ô, ô mon père, ô mon père
Oh my father, oh, oh my father, oh my father
Ce que raconte la chanson
« Ya Babano » est la chanson d’un homme qui parle de l’éducation qu’il a reçue et de ce qu’il est devenu aujourd’hui. Le texte dit que c’est « lwalid » (le père) qui l’a élevé, et nomme les montagnes du Rif comme le lieu où il a grandi ; il n’en dit rien de plus.
Nous avons traduit « babano » par « mon père / my father ». C’est notre lecture, tirée du contexte : le mot vient dans l’appel, et la personne ainsi appelée est tutoyée quand il parle de ses paroles et de sa voix. Mais le texte ne dit pas explicitement que « Babano » et « lwalid » sont la même personne, et nous n’avons aucune source sur ce mot ; c’est pourquoi nous ne l’expliquons pas.
Notre lecture : le fil de la chanson est le lien entre ce qu’il a appris et ce qu’il est devenu. Les leçons que le texte dit avoir été apprises sont la liberté, la vie et la patience ; la dignité et la fierté apparaissent plutôt comme des compagnes de route, et la ligne sur la raison se lit de plusieurs façons, que nous n’avons pas tranchées. C’est pourquoi nous lisons la force qui ouvre la chanson comme une fermeté morale plus que comme une force physique.
La personne change tout au long de la chanson : tantôt il parle de quelqu’un à la troisième personne (« rebbani », « 3allemni »), tantôt il s’adresse à « Babano » en le tutoyant (« klamek », « sowtek »). Nous avons traduit chaque ligne telle qu’elle vient, sans expliquer ce va-et-vient.
Deux images, et deux lectures qui sont les nôtres. Le cœur libre est comparé au maître de maison qui n’est pas un invité : nous y lisons quelqu’un qui se sent chez lui et n’attend la permission de personne. Dans la dernière strophe, il reconnaît que la charge est lourde, et dit que sa manière de tenir debout n’a rien du brouillard ni de la fumée : nous y lisons une position solide, pas quelque chose qui apparaît puis se dissipe. « B ssif », nous l’avons traduit mot à mot, « par l’épée » ; une autre lecture, « à la dure », c’est-à-dire de force, est possible, et nous ne l’avons pas tranchée, pas plus que la question de savoir si le mot porte sur « la vie » seule ou aussi sur la liberté.
C’est aussi notre lecture : le texte mêle des mots proches de l’arabe standard (« as3ab ddourouf », « yrchedni », « sbil », « aw ») et des mots de darija (« moul ddar », « dima », « ktafi »). Nous avons traduit « moul ddar » par « le maître de maison / the master of the house ».




